Pour ou contre la méthode de la planète des Alphas ?

Planète des Alphas : "Je considère que la planète trompe les gens". Entretien avec Pierre Frackowiak
Du 9 au 12 mai, France 2 a diffusé dans son journal télévisé un reportage vantant les mérites d'une méthode, "la planète des Alphas", prétendant apprendre à lire en 7 jours en facilitant la reconnaissance des lettres. Une méthode vivement critiquée par Pierre Frackowiak, inspecteur de l'éducation nationale, dans l'hebdo du médiateur de cette même chaîne.


- L'idée qu'on puisse apprendre à lire avec des petits personnages peut paraître à première vue amusante pour beaucoup de parents. Pourtant pour vous ce n'est pas en mettant un son sur des lettres / figurines ou personnages qu'on apprend à lire.


- Il ne fait aucun doute que l'utilisation de ces petites figurines comme Mademoiselle "U" dont les tresses se dressent pour former un "U" quand elle dit "hue !" est amusante pour beaucoup de parents. Elle est aussi très amusante pour l'orthophoniste qui anime le petit groupe d'enfants et qui se dépense beaucoup, mime, "onomatopée", gesticule, etc. Elle ne l'est pas forcément beaucoup pour les enfants que l'on voit finalement assez peu dans les émissions et dont on ne s'occupe pas du tout de ce qu'ils savent. Cette manipulation est grave : elle induit une confusion entre le plaisir éventuel de jouer avec des petites poupées et celui de réussir un apprentissage, de comprendre une phrase, un petit texte ou de le faire comprendre à l'autre en le lisant. Il ne s'agit pas du tout du même plaisir. Le second, le plaisir d'apprendre ne peut pas se produire dans les situations vues à la télé. Ce plaisir intellectuel autant qu'affectif nécessite une réflexion pédagogique de haut niveau qui dépasse complètement la seule activité de jeu avec les figurines et l'activité mécanique de nommer les figurines par un son et une lettre.


Nous ne sommes dans une activité d'apprentissage de la lecture que si l'on travaille sur des vrais mots, des phrases, des textes écrits et non sur des gadgets colorés tels que ceux qui sont distribués par une célèbre chaîne de restauration rapide. Notons au passage que ceux qui prétendent résoudre les problèmes d'orthographe grâce à leur méthode miraculeuse, oublient sans états d'âme que le U de Melle U, n'est pas du tout la même chose que le "hue !" qu'elle adresse à son cheval. Le "h", le "e" et le point d'exclamation ne sont pas jetés par-dessus bord de la planète. Je considère que sur cette simple question, la planète trompe les gens.


- En disant cela n'allez vous pas contre les instructions officielles ?


Il y a un grand écart entre les instructions ministérielles officielles, c'est-à-dire les programmes de 2002, à peine retouchés, les écrits des spécialistes reconnus et les discours médiatiques, circonstanciels du ministre. Ce qui s'impose, ce n'est pas le discours, ce sont les textes. Il est vrai que les gens entendent le discours mais ne connaissent pas les programmes. Il appartient aux enseignants d'expliquer aux parents ce que sont les textes de 2002 et de ne pas négliger la part d'intelligence nécessaire pour l'apprentissage même du code et l'importance du sens de tous les écrits mis à l'étude. Ainsi, par exemple, si l'on veut cet apprentissage intelligent et pas seulement mécanique et bête, il faut que ce soit maman (Pardon mesdames!) qui lave la salade et non papa, car dans maman, l'un des a ne se prononce pas a mais an, ce qui permet d'observer, de comparer, de distinguer, de classer, de comprendre le système écrit.


- Le ministre semble pourtant recommander officiellement la méthode syllabique. Y a-t-il contradiction?


On peut percevoir en effet une contradiction entre le discours de circonstance et les programmes. Ce qui pose de gros problèmes aux enseignants de CP qui sont assaillis de questions par les parents. Mais le ministre ne dit pas qu'il faut enseigner bêtement. Il sait, comme nous tous, même si on oublie de le dire, que si l'on a abandonné la syllabique dans les années 70, qui sévissait depuis des siècles (on a même trouvé un superbe Monsieur U dans un manuel de 1817!), c'était justement parce que les performances constatées à l'époque étaient insuffisantes. Les ministres de droite et de gauche ont soutenu, encouragé, impulsé les transformations des pratiques qui étaient nécessaires et qui doivent, certes, être encore régulées et améliorées. Ils n'étaient ni des imbéciles ni des destructeurs de l'Ecole. Nous arrivons à un moment crucial où il faut renforcer la maîtrise du système écrit tout en améliorant la compréhension. Les enseignants sont capables de le faire sans pour autant se jeter à corps perdu dans la nostalgie d'un âge d'or de la lecture qui n'a jamais existé et sans attendre désespérément la méthode miracle que n'importe qui pourrait appliquer à l'aide de jouets.


- Pensez vous que France 2 est allée trop loin ? Comment interprétez-vous ces choix d'émissions aussi contradictoires qui se succèdent sur cette chaîne ?


Je pense que France 2 a fait une erreur, a été abusé par une entreprise commerciale habile, et qu'il faudrait faire de l'information objective, sérieuse, en travaillant avec des enseignants dans les classes, dans les écoles, avec des spécialistes compétents capables d'expliquer simplement comment un enfant apprend et de bien faire comprendre que le rôle essentiel des parents n'est pas de dresser leurs enfants à faire "u" en même temps qu'une figurine mais à leur lire des livres, beaucoup de livres, inlassablement et d'en parler, d'observer.


Quant aux raisons de France 2, je ne sais pas et je n'interprète pas. Je note que l'émission du médiateur a permis de compléter utilement l'information, de relancer, je l'espère, le débat, et d'éviter autant que faire se peut, la manipulation de l'opinion publique par des opérations qui ne seraient pas dignes du service public.


Pierre FRACKOWIAK

Entretien : François Jarraud

Page publiée le 14-05-2006



Réponse des auteurs de "La planète des Alphas" à Monsieur Pierre Frackowiak

Depuis l'annonce d'un reportage réalisé par France 2 sur l'expérience que nous avons menée avec dix enfants non lecteurs de Grande Section Maternelle, Monsieur Pierre Frackowiak ne ménage pas ses efforts pour discréditer tant l'initiative que nous avons prise que la méthode que nous avons créée. C'est ainsi qu'il a publié un article intitulé "Planète des alphas : une escroquerie télévisée ?" sur le site www.nousvousil.fr ; un autre ayant pour titre "La planète des alphas pour les petits bêtas ? Quand le service public de télévision (FRANCE 2) se prête à une opération purement commerciale et à une escroquerie intellectuelle" sur le site www.ecolesdifférentes ; et enfin, un troisième, sur le site www.cafepedagogique.net qui s'intitule Planète des Alphas : "Je considère que la planète trompe les gens". Au surplus, M. Frackowiak s'est exprimé sur France 2 dans l'émission "L'Hebdo du médiateur" du samedi 13 mai 2006. Ces derniers temps toutefois, la hargne du précité et de ses collègues a pris une tournure encore plus inadmissible. En effet, ces derniers inondent les différents forums éducatifs de messages appelant à une véritable croisade contre les Alphas. Nous les reproduisons ci-après, afin que les lecteurs en soient informés:
Subject : Avec la planète des Alphas, un bond de 190 ans en arrière !
Bonjour, je suis le président de l'Association belge pour la lecture (francophone) et Jacques Fijalkow me tient au courant de votre combat anti-Alphas, dont nous avons à souffrir aussi des assauts commerciaux. Mademoiselle Hue ne vous revient guère, semble-t-il. Mais savez-vous que son idée provient d'un des premiers abécédaires du 19 ème siècle... qui en a connu plus de 500 semblables, remplis de figurines comme celles des alphas. Je vous suggère un beau slogan (copié sur celui des Monty Pythons), pas exagéré du tout, preuve à l'appui : Les alphas, la méthode qui fait revenir la pédagogie de la lecture 190 ans en arrière... Bon combat, Serge TERWAGNE
Merci à Serge TERWAGNE
Le combat est rude. La Planète a des moyens considérables, elle réussit à séduire France 2 et un certain nombre de journalistes. Sa campagne de marketing est lancée juste après l'opération de France 2 dans toutes les écoles de France. Un bémol toutefois : les enseignants disent que tout cela (valises, gadgets, produits dérivés) est très cher... surtout pour la rénovation d'un produit qui a 190 ans. Mademoiselle U étant plus proche des gadgets distribués par une chaîne de restauration rapide que cet homme sombre tenant son fouet sans conviction, on en oublierait que c'est exactement la même chose et le même fondement psycho-pédagogique ou idéologique. Il ne faut surtout pas prendre en compte le développement de l'intelligence dans l'apprentissage, mais privilégier exclusivement la mécanique... Allez, hue! Puisqu'un huissier spécialisé a évalué les résultats de l'exhibition... Hue donc ! Pierre FRACKOWIAK
De tels discours sont indignes d'un inspecteur de l'éducation nationale et d'un président d'une association pour la lecture. Mais qu'est-ce qui se cache derrière un comportement aussi violent, aussi excessif, aussi intolérant ? Pourquoi, une expérience, somme toute banale, consistant à effectuer des activités ludiques autour d'une méthode d'apprentissage avec des enfants de Grande Section Maternelle, génère-t-elle tant d'hostilités ? Rappelons que, comme il aime à le souligner, Pierre Frackowiak agit au sein d'un groupe de pédagogues dont les membres - Jacques Fijalkow, Eveline Charmeux, Philippe Meirieu - sont de fervents défenseurs des méthodes dites fonctionnelles qui s'apparentent à des approches ultra globales. Ce courant de pensée aujourd'hui totalement marginal et en pleine contradiction avec les constats scientifiques, affirme avec force que l'apprentissage du code est secondaire, voire inutile - et qu'il importe avant tout que les enfants comprennent les diverses fonctions de l'écrit. Ainsi, plongés dans un bain d'écrits, ils deviendront lecteurs.
Il est évident que la fougue dévastatrice de M. Frackowiak correspond davantage à une campagne de dénigrement, à une entreprise calomnieuse qu'à une analyse objective et scientifique de notre démarche pédagogique. Nous acceptons volontiers la plus grande diversité d'opinions et, pour notre part, nous ne craignons en rien la confrontation. Bien au contraire, nous l'appelons de tous nos vœux. Mais il convient de faire une distinction entre les échanges de propos s'effectuant dans le respect des opinions de chacun et la calomnie pure et simple.
Mais il ne s'agit pas de perdre du temps en règlements de compte stériles. Notre intention dans les lignes qui suivent est de répondre aux critiques formulées pour mettre un terme à la propagation d'idées mensongères qui sont de nature à induire les lecteurs en erreur. Pour ce faire, nous nous garderons d'émettre un quelconque jugement de valeur sur la personne de M. Frackowiak, nous astreignant à rester sur le terrain des faits. Ce faisant, nous en profiterons pour expliquer notre action qui, nous le déplorons, a souvent été mal perçue, semant des doutes, voire même des déceptions chez certaines personnes qui nous avaient gratifiées de leur estime.


Selon M. Frackowiak, l'expérience menée à Doussard serait "une vaste opération commerciale" conçue sur le modèle de la télé réalité. Une publicité déguisée pour une entreprise commerciale particulière, avec ses boutiques, son marketing parfaitement au point, ses produits dérivés, sa stratégie de communication à destination du grand public."
Au départ, nous avons contacté un caméraman indépendant, pour lui parler de notre intention de réaliser un film scientifique. Il s'agissait pour nous de disposer d'un support pour montrer l'application concrète de la démarche avec des enfants, lors de nos présentations aux chercheurs, conseillers pédagogiques, organisations et associations diverses, de même qu'à l'occasion des nombreuses formations que nous sommes appelés à donner aux enseignants des secteurs public et privé. Le caméraman précité en a parlé à Virginie Fichet, correspondante de France 2 à Lyon. C'est ainsi que quelques jours plus tard, nous avons accepté que notre expérience fasse l'objet d'un feuilleton diffusé au Journal de 13 heures. Il est donc absurde de parler d'une opération commerciale, alors que ce reportage s'est fait naturellement sans que rien ne soit prémédité ni de notre part, ni de celle de France 2. Il s'agissait pour nous d'apporter la démonstration que, moyennant une formation adéquate et une démarche adaptée aux enfants, il était possible de les amener rapidement à la découverte du principe qui régit le fonctionnement de notre code écrit et, ainsi, de les faire entrer dans la lecture en déchiffrant leurs premiers mots inconnus, voire leurs premières petites phrases. Naturellement, à ce stade, l'enfant a tout juste le déclic et n'est qu'un lecteur débutant. Il lui faudra encore beaucoup de temps pour accéder à une lecture habile. Il devra notamment s'approprier progressivement l'ensemble des correspondances entre les sons du langage oral (phonèmes) et les lettres ou combinaisons de lettres (graphèmes) de la langue française. Ensuite, l'exercice du déchiffrage lui permettra d'automatiser progressivement les processus de lecture et d'accéder à la reconnaissance orthographique immédiate des mots écrits. Certes, la médiatisation qui a entouré cette expérience somme toute banale a été considérable. Pour tout autre sujet que la lecture, elle n'aurait intéressé personne. Dans l'ordre normal des choses, elle aurait d'éveiller l'intérêt de tous ceux qui cherchent à réduire, par une approche préventive, le nombre important d'enfants en difficulté, voire en échec, dans cet apprentissage. Il en est allé tout autrement. Certains enseignants et enseignantes se sont sentis remis en question, désavoués et nous en sommes vraiment désolés car telle n'était pas notre intention. Sans leur appui, sans leurs encouragements, La planète des Alphas n'aurait jamais survécu et nous leur devons beaucoup. Aussi, nous adressons toutes nos excuses à tous ceux et à toutes celles que notre initiative a pu heurter. On nous reproche de nous être placés sous les feux des projecteurs. Mais avions-nous le choix ? Ce n'est pas faute d'avoir proposé au ministère de l'éducation nationale, depuis de nombreuses années, de mettre sur pied des classes "pilote" et d'évaluer les résultats. Mais rien ne bouge, le système est verrouillé, condamné à l'immobilisme et, à cet égard, la réaction des syndicats et, notamment, celle de M. Frackowiak, montre bien à quel point il est difficile de faire évoluer cette institution. Même les ministres n'y arrivent pas. Ils peuvent bien prendre toutes les décisions, ils se heurteront toujours à des syndicats, à quelques inspecteurs ralliés à telle ou telle idéologie et qui, bien que censés les représenter, n'en tiendront pas compte. C'est pourquoi, comme un rituel aujourd'hui bien établi, chaque année les médias se focalisent sur l'illettrisme et la question des méthodes d'enseignement est évoquée. Des colloques et débats se succèdent, des commissions, des observatoires sont mis en place, des publications venant des quatre coins du monde sont échangées entre les chercheurs et au final, rien ou presque ne change. Cette année, allons-nous assister une nouvelle fois à l'enterrement d'un vrai débat sur la lecture ? On peut certes continuer à pratiquer la politique de l'autruche. On peut aussi préférer nier l'incompréhension qui existe, parfois, entre les parents et l'école. On peut enfin, envers et contre tout, se dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Toutefois, il ne tient qu'à nous d'anticiper la rupture et l'explosion sociale en saisissant l'opportunité qui nous est offerte aujourd'hui. L'exacerbation occasionnée par notre expérience est, de notre point de vue, une occasion unique, pour que nous puissions tous nous unir, responsables de l'éducation nationale, enseignantes et enseignants, parents, milieux associatifs, laissant de côté nos griefs et nos susceptibilités d'adultes, pour conduire ensemble une réflexion sur cet apprentissage fondamental qui conditionne tant le cursus scolaire et professionnel de nos enfants que leur accès à la dignité de citoyen. En serons-nous capables ?
Ces considérations étant faites, nous répondrons brièvement à Monsieur Frackowiak que La planète des Alphas c'est avant tout deux auteurs, dont une femme qui accueille au quotidien des enfants en grande souffrance à cause de la lecture, deux personnes passionnées, suffisamment utopistes, malgré tout, pour croire que l'on peut changer le monde si on le veut vraiment. En lançant le défi qui offusque tant M. Frackowiak, nous nous sommes mis en danger. Qui l'aurait fait ? Qui, dites-moi, qui aurait pris le risque de se lancer dans un pari aussi audacieux que celui de faire entrer dix enfants dans la lecture en moins d'une semaine pendant leurs vacances ? Quoi, sinon une approche en adéquation parfaite avec leur monde, aurait pu leur donner l'envie pendant six jours d'affilé, de 10 heures à 15 heures, de venir en courant, avec un enthousiasme jamais défaillant, rejoindre les bancs de l'école maternelle de Doussard. Si nous l'avons fait, si nous avons pris ce risque incroyable, c'est au nom des enfants et de leurs familles qui sont victimes de nos égarements et à qui nous faisons porter, en plus, le poids du déshonneur, trop lâches que nous sommes pour avouer nos propres erreurs.
Deux auteurs donc et une petite société d'éditions comprenant trois employés, voilà ce qu'est La planète des Alphas. Pas de gadgets, pas de produits dérivés, pas de produits vendus directement au grand public dans les grandes surfaces, donc pas de marketing correspondant, pas davantage de boutiques, juste une dizaine d'outils pédagogiques vendus par correspondance, qui, dans une utilisation conjointe et interactive, permettent aux enseignants de mettre en œuvre la démarche pédagogique. Telle est, dans les faits, l'entreprise dotée de "moyens considérables" qui fait trembler M. Frackowiak.


M. Frackowiak prétend ensuite que l'expérience menée est une "escroquerie intellectuelle" : On dit que cela se passe dans une école, laissant entendre ainsi que l'Education Nationale est partie prenante. On utilise les services d'un huissier pour s'assurer que les enfants recrutés pour l'opération ne savent rien, ce qui est stupide : tous les enfants de 5 ans connaissent des lettres, des sons, des mots..."
Tout d'abord les enfants n'ont pas été "recrutés pour l'opération". La brièveté du délai, de même que les départs en vacances expliquent la difficulté que nous avons eu à réunir dix enfants. Finalement, nous sommes parvenus "in extremis" au nombre de participants requis. S'agissant de l'endroit où l'expérience a eu lieu, on ne laisse rien entendre du tout. Nous ne pouvions pas dire qu'elle se déroulait à Trifouilly-les-Oies, alors qu'elle se tenait à l'école maternelle de Doussard que, pour des raisons pratiques, le maire avait aimablement mis à notre disposition, pendant la première semaine des vacances scolaires. Dés lors, toute interprétation quant à l'implication de l'Education Nationale n'est que pure spéculation. En ce qui nous concerne, nous avons toujours été clair, tant envers les parents que les médias, en précisant qu'il s'agissait d'une initiative personnelle, réalisée hors temps scolaire, sans aucun lien avec l'école ou - plus généralement avec l'Education Nationale. Les huissiers sont venus constater que les enfants étaient capables de lire des mots inconnus. Comment en effet demander à des huissiers de constater l'absence d'une aptitude quelconque, en l'espèce la capacité de lecture ? Les parents par contre ont pu attester sur l'honneur que leurs enfants ne savaient pas lire et qu'ils ne connaissaient pas la méthode "La planète des Alphas". Il n'a jamais été dit que les enfants ne connaissaient rien. Mais nous savons tous que la connaissance de quelques noms de lettres, voire de l'alphabet ou encore la reconnaissance logographique de quelques mots (le prénom, papa, maman, etc.) ne suffisent pas pour être capable de déchiffrer un mot inconnu. La soussignée le constate tous les jours dans sa pratique en accueillant, au Centre de Psychopédagogie qu'elle a créé à Genève, un nombre important d'enfants qui, bien qu'étant en mesure de réciter par cœur l'alphabet, se révèlent toutefois totalement incapables de lire le moindre mot.


S'agissant de la méthode La planète des alphas M. Frackowiak écrit les allégations suivantes:
- elle constitue un "retour à des méthodes syllabiques révolues au retour au b, a, ba, cher à M. de Robien."
Si M. Frackowiak s'était donné la peine de prendre connaissance sérieusement de notre démarche pédagogique et notamment de son guide méthodologique, avant de se lancer dans une critique acerbe, il se serait rendu compte qu'à son instar, à celui du ministre ou encore des 18 chercheurs, auteurs d'une lettre publiée, en mars 2006, dans le Monde de l'Education, sous le titre "Un point de vue scientifique sur l'apprentissage de le lecture" (en consultation sur le site http://www.lscp.net/persons/ramus/lecture ), nous ne prônons en aucun cas le retour à un b, a, ba qui exige de l'enfant des exercices répétitifs et fastidieux dépourvus de sens.
La planète des Alphas n'est pas une méthode syllabique au vrai sens du terme, soit une méthode alphabétique qui passe par l'apprentissage des lettres par leur nom, puis par d'inlassables récitations de syllabes (ba, be, bi, bo, bu) exemptes de signification et totalement déconnectées du langage oral. La planète des Alphas est une méthode phonique qui tient compte des constats scientifiques de ces vingt dernières années, lesquelles montrent, depuis les années 1990 environ (nous sommes bien loin des manuels ou abécédaires du 19 éme siècle) l'importance cruciale de la "conscience phonémique", soit de la capacité à concevoir la parole comme une suite d'éléments distincts appelés phonèmes. C'est le développement de cette aptitude qui permettra en effet à l'enfant de faire la découverte du principe alphabétique, à savoir que les lettres ou combinaison de lettres de notre alphabet représentent les dits phonèmes, découverte qui, de l'avis de la quasi unanimité des chercheurs, constitue un passage obligé sur la voie de l'acquisition du langage écrit. Ainsi, partant du constat que l'écriture est une codification du langage oral, La planète des Alphas met toujours en relation le mot écrit à lire avec l'expression de parole correspondante et une de ses signification possibles. L'expérience menée en 2004-2005 avec des classes "pilote" de CP (1ère primaire) a permis de compléter La planète des alphas par un guide méthodologique, des référentiels, des recueils de textes progressifs et un abondant classeur pédagogique comprenant des fiches d'activités et d'évaluations. La méthode permet donc aujourd'hui d'effectuer un travail en profondeur sur les divers aspects de l'apprentissage de la lecture.
En premier lieu, La planète des Alphas n'attend pas des enfants qu'ils soient des singes savants qui apprennent par cœur des connaissances, mais des êtres dotés d'intelligence qui vont comprendre comment utiliser des références pour s'approprier, à leur rythme, de manière active et autonome, les informations dont ils ont besoin pour construire leur apprentissage.
Ensuite, afin d'éviter de mettre en péril la compréhension, la méthode est progressive, allant du plus simple vers le plus complexe, tenant compte en permanence de la nécessité de conserver un rapport équilibré entre le coût attentionnel requis et les capacités cognitives disponibles.
En outre, la lecture faisant appel à plusieurs niveaux de traitement cognitif, la méthode vise à enrichir et à développer les sens des enfants et, notamment, la vue, l'ouïe et le toucher.
Enfin, la finalité de la lecture étant naturellement la compréhension des textes, la méthode accorde une attention toute particulière à l'enrichissement du lexique, tout en effectuant un travail en profondeur sur la compréhension. Dans cette perspective, elle propose des activités visant à développer l'expression orale à partir de l'analyse de petites scènes illustrées ou de séries d'images séquentielles. Par ailleurs, les mots présentés ne sont jamais vides de sens, dans la mesure où ils sont toujours mis en relation avec une représentation imagée de leur signification, puis, dans la plupart des cas, utilisés dans divers contextes. Quant aux nombreuses activités proposées, elles ne se bornent pas à vérifier que le processus de compréhension s'est déroulé correctement ; elles apportent également une aide concrète dans l'élaboration de "stratégies" facilitant l'accès au sens des textes. De plus, elles permettent d'effectuer tout un "travail" sur le développement de l'habileté d'identification des mots écrits, l'analyse critique des textes et des images, l'argumentation et la justification des choix, la syntaxe, les synonymes, les antonymes, les phrases de même sens ou de sens contraire, les similarités orthographiques et/ou phonologiques, les "frontières" entre les mots, la distinction entre des phonèmes de consonance proche, les unités intermédiaires entre la lettre et le mot (syllabes, préfixes) ou encore, pour ne citer que ces quelques aspects, le traitement des inférences et des anaphores.
Soyons sérieux. Peut-on raisonnablement soutenir aujourd'hui que la méthode La planète des Alphas ne travaille pas la compréhension et constitue un retour à l'enseignement d'un b, a, ba dénué de sens ?.


- On affirme que la méthode est quasiment officielle en Suisse.
S'agissant d'une méthode d'apprentissage de la lecture en français, nous avons toujours précisé que les informations données concernaient la Suisse francophone (romande). N'en déplaise à M. Frackowiak, il est indéniable qu'un nombre considérable d'enseignants utilise la méthode en Suisse romande. Dans le canton de Vaud notamment qui a lui seul représente le tiers de la population francophone, la méthode fait partie des six méthodes officielles recommandées par le département de la formation et de la jeunesse (Ministère de l'éducation), selon les propres déclarations de Mme Catherine Lyon, Conseillère d'Etat, responsable du département susmentionné. A ce propos, nous invitons les lecteurs à consulter le site www.club-alpha.ch où ils pourront voir le reportage tourné à ce sujet par la Télévision Suisse Romande 1 (TSR 1) et plus particulièrement, l'entretien avec Mme Lyon.


- On donne des nombres d'enseignants devenus adeptes de cette méthode et ces nombres sont fantaisistes.
Ainsi que c'est précisé dans toutes les communications se rapportant à l'expérience menée à Doussard, les chiffres donnés - que nous confirmons - concernent les professionnels de l'éducation dans leur ensemble et non pas les seuls enseignants. Les 20000 professionnels cités se composent donc d'enseignants en maternelle et au CP, d'enseignants spécialisés (RASED, CLIS, CLAD, SEGPA, IME) ou encore d'orthophonistes.


- On fait état du soutien de l'Inspection Académique du Nord
Une journée de formation destinée aux inspecteurs, conseillers pédagogiques, directeurs d'établissement spécialisés de l'Inspection Académique du Nord a été organisée à Berlaimont le 5 avril 2006, à l'initiative de M. Thierry Denoyelle, inspecteur de l'éducation nationale en la circonscription d'Avesnes-AIS. A charge de preuve, nous tenons à la disposition de M. Frackowiak, copie du courrier qui a été adressé à cette occasion par le précité, en date du 6 mars 2006.
Lors de cette journée, nous avons pu présenter la démarche à plusieurs inspecteurs et conseillers pédagogiques du département du Nord. M. Frackowiak qui officie sur Lille et qui dépend donc de l'Inspection Académique du Nord aurait été bien inspiré de venir s'informer, avant de dénigrer une méthode qu'il ne connaît pas et de traiter d'escrocs des personnes dont il ignore tout.


- On joue de la caution scientifique alors qu'elle est discutable
La méthode est reconnue par l'UNESCO qui l'a intégrée à plusieurs programmes d'alphabétisation (voir à ce propos l'application à Madagascar à l'adresse suivante www.unesco.org/education/finalextraitprogramme.pdf


Elle a reçu l'aval scientifique de la Fondation Archives Jean Piaget de l'Université de Genève.


Elle a fait l'objet d'une évaluation scientifique extrêmement favorable réalisée par Marie Van Reybroeck, au sein de l'Université Libre de Bruxelles.


Elle est préfacée par José Morais, professeur à l'Université Libre de Bruxelles, membre de l'Académie Royale de Belgique, membre du comité scientifique de l'Observatoire National de la Lecture (ONL), instance qui dépend du ministère de l'éducation nationale. José Morais est certainement, dans le domaine de la psychologie cognitive de la lecture, l'un des chercheurs les plus réputés et les plus respectés par ses pairs.


Sur ses conseils, la méthode a notamment été présentée à deux autres chercheurs de réputation internationale, Mme Liliane Sprenger-Charolles et Johannes Christoph Ziegler, tous deux Directeurs de Recherches au CNRS. Ces deux chercheurs ont admis que la méthode traduisait en bonne partie, les constats scientifiques de ces dernières années. A noter que José Morais et ces deux chercheurs sont signataires de la lettre publiée dans Le Monde de l'Education en mars 2006 (http://www.lscp.net/persons/ramus/lecture) et leurs rapports sont joints à l'arrêté du ministre du 24 mars 2006 qui stipule notamment en son article 1, chiffre 2.7, programmation de l'apprentissage: "L'apprentissage de la lecture passe par le décodage et l'identification des mots et par l'acquisition progressive des démarches, des compétences et connaissances nécessaires à la compréhension. Au début du cours préparatoire, prenant appui sur le travail engagé à l'école maternelle sur les sonorités de la langue et qui doit être poursuivi aussi longtemps que nécessaire, un entraînement systématique à la relation entre graphèmes et phonèmes doit être assuré afin de permettre à l'élève de déchiffrer, de relier le mot écrit à son image auditive et à sa signification possible. Il est indispensable de développer le plus vite possible l'automatisation de la reconnaissance de l'image orthographique des mots."

Pour consulter l'arrêté: http://www.education.gouv.fr/bo/2006/13/MENE0600958A.htm

Alain Content, Directeur du Laboratoire de Psychologie Expérimentale de l'Université Libre de Bruxelles, également signataire de la lettre précité, a déclaré dans un article du quotidien belge "Le Soir" du 6 mars 2001: "La démarche de Mme Claude Huguenin et Olivier Dubois rencontre assez précisément les principales conclusions des recherches effectuées dans le monde ces vingt dernières années"


- la méthode met en danger les enfants qui n'ont pas la chance, comme d'autres, de comprendre la fonction de l'écrit, de percevoir le plaisir de la lecture avec des parents qui ne se lassent pas de leur lire des histoires et qui parlent des écrits divers qu'ils rencontrent.
Dans la lettre déjà mentionnée publiée dans Le Monde de l'Education en mars 2006, 18 chercheurs francophones de réputation internationale, ont fait savoir ce que dit la recherche sur les méthodes d'enseignement de la lecture, en les comparant selon l'importance accordée au déchiffrage. "Les résultats sont les suivants :


L'enseignement systématique du déchiffrage est plus efficace que son enseignement non systématique ou absent ;
l'enseignement systématique du déchiffrage est plus efficace lorsqu'il démarre précocement que lorsqu'il démarre après le début de l'apprentissage de la lecture ;
les enfants qui suivent un enseignement systématique du déchiffrage obtiennent de meilleurs résultats que les autres, non seulement en lecture de mot, mais également en compréhension de texte (contrairement aux idées reçues sur les méfaits du déchiffrage qui conduirait à ânonner sans comprendre) ;
l'enseignement systématique du déchiffrage est particulièrement supérieur aux autres méthodes pour les enfants à risque de difficultés d'apprentissage de la lecture, soit du fait de faiblesses en langage oral, soit du fait d'un milieu socioculturel défavorisé;
du moment que le déchiffrage est enseigné systématiquement, il importe peu que l'approche soit plutôt analytique (du mot ou de la syllabe vers le phonème) ou synthétique (du phonème vers la syllabe et le mot)."


Outre qu'il est démontré que lorsqu'un enseignement systématique du déchiffrage est mis en place, les résultats en compréhension de textes sont meilleurs, il ressort également que celui-ci est particulièrement supérieur aux autres méthodes pour les enfants à risque de difficultés d'apprentissage de la lecture du fait d'un milieu socioculturel défavorisé.
Il s'en suit que La planète des alphas étant une méthode phonique qui travaille de manière explicite les correspondances graphème-phonème et donc le déchiffrage, ceci dès le début de l'apprentissage, constitue indubitablement une aide précieuse pour les enfants issus de milieux défavorisés, contrairement aux allégations erronées énoncées par M. Frackowiak.

Au démarrage de l'apprentissage, dans les tous premiers jours, il s'agit de développer la conscience phonémique de l'enfant qui, nous le savons, constitue un prérequis indispensable à la mise en place du processus de lecture. Dans cette optique, il est demandé à l'enfant d'identifier un phonème du langage oral et de le mettre en relation avec le personnage correspondant, en l'espèce Melle U. Ce n'est évidemment que plus tard que l'enfant découvrira qu'un phonème peut être représenté par diverses formes orthographiques.


- "Les Alphas, la méthode qui fait revenir la pédagogie 190 ans en arrière. On a même retrouvé un monsieur U dans un manuel de 1817"
A lire M. Frackowiak, on serait tenté de se demander qui fait un bond de 190 ans en arrière, surtout quand on songe que la méthode globale trouve son origine vers la fin du 18 ème siècle..
Comme nous l'avons montré, les abécédaires du 19 ème siècle n'ont rien à voir avec les Alphas. De tout temps, on a cherché à décorer les lettres, à les humaniser pour les rendre plus sympathiques. Mais les Alphas sont bien autre chose que des lettres décorées. Ils ont la forme et une raison d'émettre le son des lettres qu'ils représentent. De plus, leur nom commence par cette lettre. Le "f", par exemple, est une fusée dont le bruit du moteur fait "ffff". Ainsi, les Alphas matérialisent la relation qui unit les unités phoniques du langage oral aux unités graphiques du langage écrit. Donnant une image concrète aux phonèmes si abstraits de notre langage, les alphas permettent de contourner l'abstraction qui fait souvent défaut aux jeunes apprentis lecteurs de cinq ou six ans. Ils représentent le principe alphabétique mis sous une forme adaptée au monde des enfants.


En conclusion, il résulte clairement de ce qui précède que les allégations de M. Frackowiak sont totalement mensongères et, au surplus, calomnieuse. Quant à nous, nous clôturerons cette lettre par la réflexion d'une petite fille s'appelant Marine qui a participé à l'expérience menée à Doussard et à qui la maman qui lisait un des articles de M. Frackowiak sur internet expliquait qu'un monsieur disait qu'on ne pouvait pas apprendre à lire avec les alphas : "Il est fou ! Il a rien compris aux alphas. En plus, il écrit avec en Alphas tout nus et il le sait même pas."

http://www.cafepedagogique.org/disci/primaire/73.php

Lecture : Des alphas et des bêtas...
Suffit-il de connaître les lettres et leur son pour apprendre à lire ? Car c'est bien cela qui nous est "vendu". Si la connaissance de l'alphabet relève de la mémoire, comprendre la nature du système écrit est une conquête conceptuelle qui exige un remaniement de la façon de penser la langue et qui, de ce fait, résiste à l'évidence. L'apprenti ayant à peine construit l'idée que la lettre "A" fait le son "a" va se confronter à : lait, banc, beau. Objet de cette colère de Jacques Bernardin, IUFM d'Orléans Tours, dans L'Humanité, la promotion par France 2 de "La planète des Alphas". Pour J. Bernardin, cette méthode est archaïque et commerciale. "Apprendre en une semaine, mais quoi ? A exercer une mécanique, à oraliser des phrases indigentes sans marques orthographiques ? Peut-être. Au risque d'installer des conceptions simplistes mais fausses de la langue et de la lecture, habitudes précoces plus redoutables pour les enfants n'ayant que l'école pour apprendre".

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